Ils ont ri. Puis il m'a montré son appartement.
J'étais le gaspilleur. Mon entourage aussi. Personne ne m'avait montré qu'il existait un troisième type — jusqu'au jour où l'un de ceux qui m'avait ri à la gueule m'a appelé pour me montrer son bien locatif.
J’avais la petite vingtaine. Les sorties en boite, les nanas à toute pagaille. Les Air Max toutes les deux semaines — pas parce que j’avais de l’argent, mais parce que c’était ça, être dans la course. Paraître.
Ma copine de l’époque était très belle. Peut-être la plus belle de la ville, donc très courtisée — et par des mecs qui avaient de l’oseille. Moi j’en avais pas. J’étais juste beau avec un charisme naturel. Mais les poches vides.
Je ne savais pas encore que je correspondais à quelque chose de précis. Un type. Le premier des trois que Clason a décrits dans L’Homme le plus riche de Babylone. Le gaspilleur.
Le fond : 2011, zéro euro, zéro diplôme
En 2011, j’étais à la GRETA. Formations, examens, BTS en alternance. 380 euros par mois. Parfois 0.
Je bossais à La Poste de 3h à 11h du matin, je rentrais, je dormais deux heures, puis j’allais en cours. Je préparais un BTS que j’ai fini par abandonner. J’avais une voiture qui tombait en réserve sur le périphérique, direction Nanterre. Je comptais les kilomètres pour savoir si j’arriverais.
Puis en 2012, juste avant les examens, la rupture. Ma copine est partie. Je pense que ça avait à voir avec ma situation. Elle était très belle, très courtisée — et moi j’étais juste là, sans rien à montrer. Pas de quoi stabiliser quelque chose.
Ce n’est pas une plainte. C’est un état des lieux. Je n’avais pas de modèle. Personne autour de moi ne me montrait autre chose que le présent. Claque l’argent quand il arrive. Recommence le mois prochain.
Ce que j’ai appris en cherchant “comment être riche”
J’ai commencé à googler fort. “Comment être riche.” “Comment faire de l’argent.” Les formulations d’un mec qui n’avait encore aucun cadre pour penser la chose.
Et je suis tombé sur le blog de Cédric Anicette.
À la base, Cédric venait des parkings. Il investissait dans les places de parking locatives — ce truc que personne ne regardait, que personne ne considérait comme sérieux. Et là, en lisant, quelque chose s’est ouvert. Pas une révélation. Plutôt une permission. Y a peut-être un espoir. Y a quelque chose à faire.
Je me suis dit : ouais, les investissements c’est pas mal. On peut faire rentrer de l’argent pendant qu’on fait autre chose.
C’est là que j’ai croisé Clason. Et les trois types.
Le gaspilleur dépense dès que l’argent arrive. Il ne réfléchit pas — il ressent. L’oseille est là, donc on la claque. L’avare, lui, cumule mais ne fait rien. Il a peur. Il préserve. Et puis il y a le troisième type — celui qui fait fructifier. Qui transforme ce qu’il a en quelque chose qui travaille pour lui.
J’avais été le gaspilleur. Crédit conso pour une voiture que je ne pouvais pas assumer. Air Max toutes les deux semaines. Quand il n’y avait pas de crédit et que l’argent rentrait, je le claquais pareil. Si j’avais coffré pendant toutes ces années, j’aurais eu un pactole.
Je le savais maintenant. Ça change quelque chose — pas tout, mais quelque chose.
Ceux qui ont ri
Quand j’ai commencé à en parler autour de moi — les investissements, les parkings, construire quelque chose — on m’a ri à la gueule.
Pas de la méchanceté pure. De l’incompréhension. Du scepticisme de quartier. T’es sérieux là ? Les parkings ? Les investissements ? Vas bosser.
J’ai laissé passer.
Quelques années après, un de ceux qui m’avait ri à la gueule a eu le déclic. Il a agi avant moi — plus vite, plus tôt. Et il m’a appelé pour me montrer son bien locatif.
Je n’ai pas été jaloux. J’étais heureux. Vraiment. Ok, c’est vraiment possible. Quelqu’un qui vient du même endroit que moi. Quelqu’un que je connais. Et il l’a fait.
Aujourd’hui il prétend qu’il ne se souvient pas m’avoir ri à la gueule.
Je sais qu’il ment. Mais ce n’est pas la question.
Les trois types : une question d’information, pas de caractère
Le gaspilleur n’est pas quelqu’un de mauvais. Il n’est pas faible. Il n’a pas reçu l’information.
Personne ne lui a montré un autre chemin. Personne qui ressemble à lui, qui vient du même endroit, n’est venu lui dire : voilà comment je l’ai fait. Alors il fait ce qu’il voit. Ce qu’on fait autour de lui. Il claque parce qu’on claque. Il consomme parce qu’on consomme.
Le troisième type n’est pas une catégorie de caractère. C’est une catégorie d’information.
Le basculement n’arrive pas parce que tu deviens une meilleure personne. Il arrive le jour où tu en vois un — quelqu’un qui vient de là où tu viens, qui a les mêmes points de départ que toi — et qui l’a fait. Ce modèle-là, il ne te demande pas de te transformer. Il te montre que c’est possible.
Ce n’est pas grand chose.
C’est tout.
Ce que tu emportes : le troisième type ne se naît pas. Il apparaît le jour où tu en vois un qui vient de là où tu viens. Cherche ce modèle. Il existe.
— Makaya